Randonnées FIRA Automne 2017

Thème 2017 : Le Textile en Cévennes

Depuis la plus haute antiquité, en fait dès que les gens du néolithique se sont installés dans les Cévennes en se sédentarisant, passant ainsi de l’état de cueilleurs–chasseurs à celui de cultivateurs–éleveurs, les activités liées aux vêtements n’ont cessé de se perfectionner. On ne sait que très peu de choses sur la façon de s’habiller de nos lointains ancêtres, utilisant sûrement fibres végétales (lin, chanvre) ou peaux de bêtes (moutons surtout), donc tissus n’ayant pas résisté à la marche du temps. Puis, jusqu’au milieu du 19è siècle, le textile sera l’activité de fabrication de référence avec la laine et son principal dérivé, le drap. Mais, pour nos Cévennes, c’est l’apparition de la soie qui va révolutionner les mentalités, modifier les paysages et l’architecture pendant plusieurs siècles. C’est à la découverte des témoignages de cette époque que le FIRA 2017 va entraîner les randonneurs.
L’art d’élever les vers à soie et de dévider leurs cocons nous vient de Chine, où cette activité existe depuis l’antiquité. Véritable secret d’où bien des légendes sont nées, ce n’est qu’au 13è siècle que notre région va en profiter. En effet, dans un acte notarié d’avril 1296, un habitant d’Anduze, est qualifié de « trahendier », soit tireur de soie. Tout au long des siècles suivants, les registres notariés d’Anduze fourmillent de textes montrant que des familles de trahendiers ont acquis une puissance économique certaine, grâce à la vente de graines à des éleveurs de Mialet ou St Jean du Gard. La guerre de 100 ans ayant freiné cet essor, il a fallu attendre le 16° siècle pour voir, avec la propagation du mûrier, et notamment la plantation de 4 millions de pieds, l’essor de la sériciculture française, encouragée par Henri IV. Au 17°, l’État encourage la plantation des mûriers par des primes, mais la sériciculture demeure marginale, concurrencée par le grand nourricier qu’est le châtaignier. Il a fallu la grande gelée de 1709 où la châtaigneraie fut en grande partie détruite pour que le mûrier, productif très rapidement se substitue à « l’arbre à pain ». Dès lors, la culture de « l’arbre d’or » et le tirage de la soie se sont développés progressivement pour atteindre leur apogée au milieu du 19è siècle. Cette prospérité offerte aux cévenols entraîna une modification significative de l’espace (terrasses, structures hydrauliques, plantations) et du bâti (magnaneries, filatures). Mais cet âge d’or a pratiquement cessé sous l’influence de plusieurs facteurs : maladies épizootiques, concurrence de la soie artificielle. Les filatures, qui employaient une abondante main d’œuvre locale, durent fermer les unes après les autres. La dernière en date est celle de « Maison Rouge » à St Jean du Gard en 1965, vouée à présent au tourisme témoin du passé par un aménagement du musée des vallées cévenoles. Cette activité qui a apporté une relative aisance aux habitants est encore dans la mémoire collective, comme en témoignent les souvenirs des anciens qui ont vécu cette période de plein emploi, confortés par la présence du patrimoine bâti bien caractéristique.

Les témoins du passé

A travers toutes les randonnées proposées par le FIRA, par les professionnels de pleine nature ou à travers les brochures descriptives, nul ne peut échapper à la vision des vestiges de ce passé, pas si lointain, où chaque village, chaque hameau ou mas isolé porte témoignage des activités liées à la production de la soie. Certes il n’en reste plus beaucoup des innombrables mûriers plantés dans les prairies ou les « bancels », mais ceux qui ont résisté sont souvent l’objet de soins attentifs des nostalgiques de cette époque, avec leur port si caractéristique. Mais ce qui perdure, ce sont les bâtiments des anciennes magnaneries, reconnaissables entre tous. Certains ont été détruits au siècle dernier, d’autres ont été modifiés, mais l’habitat ancien, même restauré, donne à l’architecture des Cévennes une allure très particulière, qui la distingue des autres architectures montagnardes de France (pas de maçonnerie spécifique, mais murs épais et bâtis avec soin (pour l’isolation) avec les pierres locales liées par un mortier de chaux. L’implantation la plus habituelle de ces magnaneries se situe au-dessus des bâtiments qui étaient déjà existants ; les avantages étaient multiples : économique, en durée de construction, de prix, sans oublier la préservation des espaces cultivables, l’isolation contre l’humidité, la rapidité d’accès pour tous les travaux liés à la production, et l’aération facilitée par cette surélévation (à montrer l’importance de l’orientation, l’adaptation au relief, à la géologie, au climat …). Souvent, l’agrandissement a été réalisé en plusieurs étapes ou campagnes, car la crise de la pébrine (1854) ou celle due au creusement du canal de Suez (1872) ont pu interrompre la transformation, qui n’a jamais été terminée, comme en témoignent parfois la présence de pierres d’attente. La création de magnaneries isolées (mais près des mûriers) ou l’extension de leur surface s’accompagnaient de celle des locaux habités, car, avec l’accroissement des revenus, la famille s’agrandissait. D’où développement des villages, des hameaux et l’apparition de mas isolés. Autres conséquences, l’aménagement de l’espace, avec ces constructions imposantes doublant le volume de l’habitat, la régression des surfaces peuplées de châtaigniers au profit de celles dévolues au mûrier, conquête de nouvelles terres par des traversiers (appelés aussi « bancels », « faïsses » ou « accols »), développement du réseau routier reliant les hameaux autrement que par des sentiers pour transporter les cocons, apparition de réalisations collectives d’envergure pour l’irrigation (captages, « béals », « tancats »). L’augmentation de la population génère la multiplication des écoles et la création des filatures : la plupart de ces constructions n’existent maintenant qu’à l’état de vestiges, mais il est primordial de garder ce patrimoine bâti pour se rappeler cette époque prospère, dans laquelle même les plus pauvres ont ressenti un adoucissement de leur sort.

Le travail procuré par cette activité :

Le tirage, ou dévidage, du cocon s’est donc ajouté au travail de la laine si important auparavant. De la graine (les œufs du bombyx du mûrier), au fil de soie, que d’opérations pour les « éleveurs » ! Que ce soit au musée des vallées cévenoles de St Jean du Gard, au musée de la soie à St Hippolyte du Fort, au musée cévenol du Vigan ou à la magnanerie de La Roque à Molezon, on y découvre toutes les étapes du travail de la soie, depuis « l’éducation » où l’on élève les vers à soie de mai à octobre, jusqu’à la filature où l’on dévide les cocons, pour finir par le tissage ou le tricotage. Les différentes étapes de la formation du cocon sont montrées depuis l’éclosion des œufs jusqu’au stade final de croissance de la chenille qui a multiplié son poids par 10 000 ! On comprend mieux l’étymologie de la magnanerie, dérivée de « manhar » qui, en vieux languedocien, signifie « manger » (cela en dit long sur l’appétit de la chenille). Travail donc de longue haleine, de patience, avec aussi la récolte des feuilles de mûriers, et l’attention constante des soins à pratiquer lors des différentes mues : cela a forgé un caractère bien trempé aux cévenoles de tout âge qui ont assuré avec courage les tâches difficiles de cette activité.

Bibliographie « Architectures et paysages de la soie », brochure du PNC (n° 53 – 1997) « Les chemins de la soie, itinéraires culturels en Cévennes », ouvrage collectif (Espaces écrits 1993) « Étude sur les magnaneries » de A. Joly, centre de documentation Font-Vive 1992 « Les Cévennes séricicoles » L’Arbousset (Lacour 1992)